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David Fofi : « le cobot se nourrit du savoir-faire de l’homme »

David Fofi : « le cobot se nourrit du savoir-faire de l’homme »


Plusieurs enquêtes montrent la croissance mondiale de la robotique dans l’industrie et sa production de masse. Mais il existe aussi une demande pour une production moins volumineuse, comme dans la santé, l’agriculture ou encore la logistique. Pour répondre à leurs besoins spécifiques, ces secteurs doivent s’appuyer sur la cobotique. Explications avec David Fofi, Directeur du Département Robotique à l’ESIREM.

Après un doctorat en vision pour la robotique à l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens, David Fofi a obtenu un poste d’enseignant-chercheur à l’Université de Bourgogne où il a créé un Master à l’international en vision pour la robotique (VIBOT). Il dirige aujourd’hui le Département Robotique à l’École Supérieure d’Ingénieurs en matériaux/Développement Durable Et Informatique/Electronique. Créée en 1991, l’ESIREM a ouvert en septembre 2020 la formation Robotique qui propose deux spécialités : Robotique/instrumentation et Cobotique (en alternance sur les 3 ans de cycle ingénieur).

Techniques de l’Ingénieur : Différentes études notent une forte croissance de la robotique. Mais le Japon est toujours considéré comme le leader mondial. Partagez-vous cet avis ?

David Fofi. Copyright : Hannah Grandjean

David Fofi : La France est loin d’être en retard ; elle est même en avance, car elle dispose de différentes structures comme le CNRS et l’INRIA. Ce dernier a formalisé de nombreux aspects de la robotique en tant que science au niveau mondial. Les meilleurs laboratoires de robotique sont également en France comme le LAAS et l’Institut Pascal. Les différences entre les pays résident plutôt au niveau commercial. En Allemagne, il y a de très gros instituts, les Fraunhofer, qui ont tout de suite investi dans le côté applicatif de la robotique, la conception de robots… L’intégration du robot dans la société au sens large a aussi un impact sur l’idée que l’on se fait de la prédominance d’un pays. C’est le cas du Japon où la robotique domestique est plus présente et plus visible qu’en Europe. Cela donne l’impression qu’elle est très présente dans ce pays. En réalité, un grand groupe reste un grand groupe, qu’il soit français ou japonais. Les techniques sont aussi bien maîtrisées.

Comment voyez-vous l’évolution de la robotique ?

Il y a 15/20 ans, la robotique était synonyme de production de masse avec comme référence l’usine automobile et ce sentiment que ces machines prenaient la place des ouvriers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La robotique nécessite un savoir-faire de haut niveau, ce qui nécessite la création de nombreux postes plus qualifiés. La robotique au sens de l’automatisation traditionnelle ne suffit plus. Elle ne permet plus de répondre à la majorité des besoins industriels qui impliquent une plus grande autonomie.

La robotique a dû s’adapter pour répondre aux besoins spécifiques de différents secteurs ?

Oui, la robotique doit faire de la « haute couture », car de nombreux domaines nécessitent de disposer de machines de plus en plus précises et de plus en plus adaptées à une fonction spécifique. C’est le cas dans le domaine du médical et de la viticulture, mais aussi dans certains domaines du transport comme les boggies de train. Ce sont ces chariots situés sous un véhicule ferroviaire et sur lequel sont fixés les essieux. Il s’agit de petites productions qui répondent à des particularités propres à chaque pays (écartement des voies par exemple).

Ce secteur reste donc évolutif ?

La construction des robots traditionnels n’évolue pas énormément. Par contre, il y a encore beaucoup de travail à effectuer dans la conception même des humanoïdes. Ces robots très mobiles et souples comme ceux de l’entreprise américaine Boston Dynamics n’intègrent pas les mêmes techniques d’automatismes et de stabilité. Autre évolution significative : les machines sont de plus en plus intelligentes grâce à l’intégration de multiples capteurs et au traitement de nombreuses données en temps réel. Grâce à la reconnaissance d’objets et d’attitudes, on accroît les connaissances cognitives des cobots. Ils sont capables de percevoir, d’interpréter une action qu’ils vont entreprendre et de s’adapter. Le robot se « nourrit » du savoir-faire de l’homme.

Les salaires sont-ils attractifs ?

En début de carrière, un ingénieur en cobotique va débuter autour de 3 000 euros brut pour ensuite atteindre les 4 000 à 5 000 euros. Précisons toutefois qu’il n’y a pas d’ingénieurs en cobotique en France, c’est une spécialité qui n’est pas encore reconnue par la Commission des titres d’ingénieurs :  il y a des ingénieurs en robotique qui ont été formés à la cobotique. Mais le fait que cette spécialité ne soit pas encore reconnue par la Commission des titres d’ingénieurs ne change pas grand-chose pour nos étudiants. Ils seront diplômés de l’ESIREM spécialité Robotique, mais le diplôme mentionnera le parcours « Cobotique ». La cobotique est vue comme une spécialisation de la robotique, ce qu’elle est effectivement.



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